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Commencer 2012, l’année de l’apocalypse par un film sur la fin du monde, il fallait oser. Dans « Take Shelter », ce n’est donc pas d’un tsunami qu’il s’agit, comme dans la dernière soupe de Clint Eastwood, ni des aventures d’un soir d’une présentatrice météo. Un père de famille est soumis à d’inquiétantes prémonitions au sujet d’une tempête dévastatrice. Ces visions, qui le réveillent en nage pendant la nuit, l’amènent à se lancer bille en tête, dans l’aménagement d’un abri anti-tempête, destiné à parer cette menace.
Michael Shannon (le flic acharné à démanteler le trafic d’alcool de Boardwalk Empire) réussit encore une performance. Tout en expressions figées, il exprime avec brio le paradoxe du personnage dans les premières scènes. Comment en effet, un homme au visage si inflexible, qui s’est si bien implanté socialement et professionnellement, peut-il en arriver là ?
Chaque nuit, ses certitudes vont être balayées par les bourrasques de nouveaux cauchemars, pour le faire sombrer peu à peu dans la paranoïa. Le premier défaut du scénario, c’est cette prévisibilité. Car il est certain que Jeff Nichols sait manier l’angoisse. Il frappe juste et avec beaucoup plus de subtilité que le « Signes » de Shyamalan, par exemple. On vibre au rythme des hallucinations de Curtis, à chaque fois qu’il s’assoupit.
Mais on reste dans le respect d’une partition. D’abord survient l’agitation du songe, qui fait monter rapidement la tension du spectateur, puis ensuite le réveil, où le héros s’affaire frénétiquement sur son refuge. Cette mécanique, répétée, dessert le rythme du film, qui déploie pourtant une réflexion qui va bien au-delà du fantastique.
Car évidemment, à force de faire chauffer la carte du Leroy Merlin du coin pour agrandir son refuge, Curtis va se retrouver très vite dans l’œil du cyclone. Et le film traite admirablement de cette oppression de la société. Méfiance envers le voisin un peu louche, regards perplexes des collègues de travail, la peur de l’autre sévit peut-être même plus chez Curtis que n’importe quel délire. Un passage frappe : se sentant sombrer, il consulte. En quinze secondes, il réussit un meilleur diagnostic que ses spécialistes, qui lui collent sous le nez le dossier médical d’une mère psychotique, comme un casier judiciaire encombrant.
On pourrait donc faire un reproche au film : ce déséquilibre. Les brises de folie acides qui viennent tourmenter Curtis sont véritablement réussies et créent une ambiance étouffante et captivante. Mais on aurait aimé être davantage bousculé par les rebondissements de l’histoire. On sent gronder le tonnerre mais on ne voit jamais l’éclair. Le dénouement, cruel mais attendu, s’y reprend à deux fois et réussit enfin à nous clouer au fauteuil. Ce déluge d’émotions nous fait pardonner ces inconstances et vaut à lui-seul comme bonne raison d’aller voir « Take Shelter ». On en sort bien rêveur!
Pierro
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