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Hadewjich

Hadewjich Bruno Dumont Drame Chronique Ciné

Synopsis : Choquée par la foi extatique et aveugle d'Hadewijch, une novice, la mère supérieure la met à la porte du couvent. Hadewijch redevient Céline, jeune parisienne et fille de diplomate. Sa passion amoureuse pour Dieu, sa rage et sa ren...Lire plus

 

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Hadewjich - Bruno Dumont - 25/11/2009 - Chronique Ciné

Synopsis : Choquée par la foi extatique et aveugle d'Hadewijch, une novice, la mère supérieure la met à la porte du couvent. Hadewijch redevient Céline, jeune parisienne et fille de diplomate. Sa passion amoureuse pour Dieu, sa rage et sa rencontre avec Yassine et Nassir l'entraînent, entre grâce et folie, sur des chemins dangereux.

Le titre du nouveau film de Bruno Dumont vient d’une poétesse et mystique flamande du XIIIe siècle. Le cinéaste français trouva dans cette œuvre l’amour à l’état pur, celui de l’amour d’une femme pour son Dieu. Terrain assez fort sur lequel le cinéaste pouvait exprimer poétiquement des ressentis humains.
Et il réussit à signer un film fort, car il se débarrasse des encombrants que son sujet religieux lui mettait sur les bras pour s’attacher à la vie d’une jeune fille ordinaire qui se prétend amoureuse du Christ. De plus, l’Hadewijch/Céline de Dumont évolue loin du XIIIe siècle, puisqu’elle trace un chemin dans notre monde contemporain.

Le film est en effet celui d’un parcours, d’un drôle de chemin menée par Hadewijch, redevenue Céline après avoir été désignée comme une « caricature » de religieuse, et donc renvoyée au monde avec son air fragile. Elle n’a pourtant peur de rien, « n’a pas froid aux yeux », comme le dit Yassine, le garçon qui l’aborde avec deux copains de banlieue. Céline vit sur l’île Saint-Louis à Paris mais saute de la campagne – le couvent – à la banlieue, au Moyen-Orient sans crier gare. Dumont refuse de poser des frontières, des cloisons, et n’hésite pas à jouer des ellipses dans son récit, quitte parfois à perdre le spectateur.
Ces frontières sont aussi absentes dans les rencontres, comme le prouve la belle scène de pur débat théologique sur le banc d’une cité autour du visible et de l’invisible. Cette conversation entre Céline et Nassir, le grand frère de Yassine, qui donne des cours d’initiation à l’islam derrière un kébab, est aussi une conversation entre la chrétienté et l’islam. Qui oserait à part Dumont ? Il faut y voir de l’audace, mais surtout de la maitrise.

Le chemin de Céline/Hadewijch dans le film émeut, touche. Le film repose sur ce personnage, qui explose le cadre par l’incroyable justesse de son interprète Julie Sokolowski. Se prêtant au jeu pour la première fois, elle a donné au rôle une dimension unique, avec son visage encore rond de petit enfant, sa voix rentrée.
Dumont a l’habitude et le désir de filmer des acteurs non professionnels. Il s’agit pour lui de jouer de la fragilité, de la maladresse. Les acteurs n’ont pas le scénario, mais à peine à chaque plan ou séquence des missions à remplir, sans connaître celles de leurs partenaires. Une part d’improvisation donc, mais complètement affirmée et maitrisée par le cinéaste, qui peut ainsi offrir des personnages universels.
Les personnages de Yassine et Nassir sont également troublants : eux aussi non professionnels, ils offrent une interprétation pleine de sens et d’intelligence.
Dumont ne chercher pas à faire coller un acteur sur le scenario, mais plutôt à coller le scenario sur l’acteur. Processus inverse donc, mais au combien intéressant.

Outre cette force d’interprétation, le film est surtout marqué par un rythme, celui d’une contemplation, celui de la réflexion. Alors oui, pour certains cela se résume à des longueurs, parce que Dumont ose utiliser de longs plans fixes où il ne se passe rien, ne se dit rien - en apparence - mais où le cadre explose de sens à qui veut bien voir !
Si le film se révèle peu découpé, il y a montage dans le plan révélant une intelligence du cadre : par exemple, lorsque Céline prie dans sa chambre, on entrevoit par la fenêtre un monte-charge suspendu dans les airs de longues secondes.  L’œil est irrésistiblement attiré par cet objet. Cette construction vise surtout à contrer une élévation céleste trop arraché au réel, et invite donc à apercevoir la folie qui habite la foi de Céline.
Cette folie, qui est le cœur du film s’exprime pleinement lorsque Céline discute au Moyen-Orient avec deux musulmans activistes. Elle parle doucement, pour redire sa foi, dans un monologue qui tient du délire. Céline est alors poussée dans une contemplation extrême : celle qui habite les vertiges de sa foi.
Ce délire la conduira alors à retourner dans le monastère du début. Tout le chemin qu’elle aura parcouru pour arriver là, et finalement retrouver la grâce dans une scène finale sublime.

Hadewijch est sans doute le film le plus doux de Bruno Dumont, cherchant une économie et une mesure nouvelles en écho avec le trajet mystique de son héroïne. Un film d’une grande justesse, et toujours avec une portée universelle. Car au fond, le film ne nous parle pas de l’amour à Dieu, mais bien de l’amour humain.
Hadewijch est un film rare, réalisé par un cinéaste qui survole le 7e art !


{Chronique par Rémy Ogez}

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